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 La 24ème conférence des CLI se tient ce mercedi. J'y participe en tant que membre de la CLI de Cattenom représentant la Région Lorraine.

 Le communiqué du groupe  des élu.es écologistes au sein des CLI se rapporte à cette recontre

  - Communiqué du 12 décembre 2012 –

Sureté nucléaire : les élus EELV membres des CLI tirent la sonnette d'alarme

L'énergie nucléaire occupe une place considérable en France. 58 réacteurs ont produit 442 TWh en 2011 soit prés de 79 % de l'électricité produite dans l'hexagone. Si la production nucléaire est massive, elle reste en deçà des capacités de production totale des centrales. Malgré tous les efforts déployés, EDF n'est plus en capacité de mobiliser l'ensemble de ses moyens de production nucléaire. A ce titre l'année 2012 paraît même largement en retrait[1].

un parc nucléaire défaillant et usé

Cette déficience du parc nucléaire, qui a coûté si cher au contribuable de l'aveu même de la Cour des comptes, est le signe de l'usure et du vieillissement des réacteurs. Le travail de veille des élus EELV qui siègent dans les Commissions locales d'informations auprès des installations nucléaires de base (CLI) permet de constater une augmentation du nombre de prescriptions contraignantes de l'ASN.

Les évaluations complémentaires de sûreté réalisées en 2011 ont révélé que la situation du parc nucléaire est loin d'être aussi favorable que veulent bien le laisser entendre les partisans de l'atome. La mise en œuvre d'une approche déterministe des risques revendiquée depuis trente ans par le mouvement écologiste a montré la nécessité impérieuse d'accroitre le niveau de sureté et plus généralement la capacité des réacteurs à faire face à des événements exceptionnels.

Les stress test de l'Union européenne publiés en octobre dernier ont confirmé ce constat. Sur les 264 recommandations formulées pour les 134 réacteurs en opération, 109 recommandations sont adressées à la France. Les centrales françaises sont concernées par 5 à 7 recommandations (Belleville, Cattenom, Chooz, Golfech, Nogent, Paluel, Penly). Pour comparaison, les centrales belges et allemandes n'ont que 2 à 3 recommandations. Plus de la moitié des recommandations européennes touchent EDF seule !

Les conclusions des évaluations complémentaires de sureté et la sentence de la commission européenne sur l'état du parc nucléaire français sont alarmantes. Défauts et déficiences se multiplient et s'accumulent dans les centrales. Il n'y a pas une partie de la machinerie nucléaire qui n'est pas touchée par des problèmes : colmatage des générateurs de vapeur, usure des cuves, défaillance des vannes, blocage des barres de contrôle, vieillissement incontrôlé de certains matériels, indisponibilité des équipements de secours, perte d'alimentation en source froide, impréparation des équipes de conduite, fuites de tritium incontrôlables, non respect des règles générales d'exploitation, etc.

Même les plus ardents partisans de cette industrie commencent à douter du nucléaire. Le 30 novembre 2011 à l'issue d'une visite inopinée à Paluel, Claude Birraux et Bruno Sido[2] ont parlé d'une situation burlesque pour décrire les difficultés des agents à réaliser un exercice de crise. Jean-Louis Basdevant, physicien nucléaire et ancien directeur du département de physique de l'école polytechnique, considère aujourd'hui que les réacteurs nucléaires sont extrêmement dangereux. Il estime que "la seule action raisonnable est d'installer sur les réacteurs "récupérables" du parc français des dispositifs de sécurité s'inspirant de ceux des réacteurs EPR": protections contre le melt-out du corium en cas de fusion de cœur (de type air d'étalement), dispositifs puissants et autonomes de refroidissement d'urgence en de cas de panne des systèmes prévus. Il indique que cette mise à niveau de sureté aura un coût important mais que c'est la seule option aujourd'hui acceptable[3].

La sûreté n'a pas de prix

Les élus écologistes qui siègent dans les CLI, conscients des innombrables problèmes qui existent dans les centrales françaises, demandent que tout soit mise en œuvre pour éviter un accident nucléaire en France. Ils demandent que l'ASN s'inspire des recommandations de M. Basdevant.

La sûreté du parc nucléaire est une nécessité impérieuse qui implique non seulement de renforcer la législation mais surtout de transformer la gouvernance de l'industrie nucléaire. c'est pourquoi nous revendiquons une nouvelle loi sur la sûreté nucléaire qui vienne compléter les dispositifs et les procédures définies par la loi du 13 juin 2006, dite loi TSN :

1. L'autorité de sûreté nucléaire doit être dotée de moyens humains, techniques et juridiques pour exercer en toute indépendance sa mission de contrôle. Sa direction doit être ouverte à toutes les parties prenantes de l'industrie nucléaire, aux salariés comme aux associations de protection de la nature et de l'environnement.

2. Le ministère de l'écologie, du développement durable et de l'énergie doit disposer de moyens juridiques et réglementaires renforcés pour ordonner l'arrêt d'une installation nucléaire sur avis de l'ASN quand la sécurité des personnels, des populations et de l'environnement sont menacés.

3. Les commissions locales d'information ne peuvent plus rester de simples organes consultatifs mais doivent devenir des interlocuteurs de plein droit des exploitants nucléaires et des pouvoirs publics. Elles doivent disposer des capacités pour exercer une vigilance constante sur les installations nucléaires et informer les populations. L'élaboration des plans particuliers d'intervention (PPI) comme le contrôle de l'impact sur l'environnement des INB devraient leur revenir.

[1] Selon le CGDD : "La part du nucléaire dans la production totale d'électricité passe, en un an, de 82% à 79%".
http://www.actu-environnement.com/ae/news/production-electricite-nucleaire-centrales-thermiques-16799.php4

[2] Parlementaires membres de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques

[3] Maitriser le Nucléaire – Jean Louis Basdevant – Eyrolles – Nouvelle édition 2012