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Monsieur le Président, Mesdames les Conseillères, Messieurs les Conseillers,

Je voudrais intervenir plus précisément sur les actions 12 et 13 qui concernent la filière bois d'une part, l'agriculture et l'agro-alimentaire d'autre part.

Dans le sillage de notre Président de Groupe, j'aimerais attirer l'attention de notre Assemblée sur l'importance de donner du mouvement à ce Pacte Lorraine ... autrement dit, traduire le Pacte Lorraine en actions ... en actions compatibles avec les priorités de la Lorraine en matière de développement, le développement durable doit en faire partie. ... et là, j'aimerais pointer quelques dérapages possibles que nous espérons éviter pour le bien commun. En fait, j'aimerais suggérer à l'exécutif d'être attentif à quelques choix préférables à d'autres....

Tout d'abord pour la forêt :

J'attire votre attention sur 3 points qui méritent examen approfondi :

- Premier point : Nous sommes parfaitement d'accord pour dire que la forêt de notre région par son étendue et sa biodiversité, est un véritable trésor pour les Lorraines et les Lorrains. C'est un capital que nous ne devons pas dilapider sous prétexte de crise, de développement économique et/ou de Pacte Lorraine....

La forêt est l'exemple parfait pour illustrer la parabole de l'héritage que l'on doit transmettre de génération en génération. Ne nous comportons pas comme ces héritiers qui ne sauraient rien faire de leurs 10 doigts et qui dilapident le capital patiemment formé par leurs ancêtres en 2-3 entreprises hasardeuses.

Nous avons le devoir de laisser aux générations de Lorraines et de Lorrains une forêt au capital économique, écologique et culturel non seulement intacte, mais améliorée !

Cela veut dire, monsieur le Président que lorsqu'il est question « d'optimiser la ressource forestière » comme dans la fiche action 12-2, nous entendons qu'il s'agisse de la ressource financière ET de la ressource naturelle ET de la ressource paysagère ET de la ressource touristique. L'argent du Pacte Lorraine attribué à cet objectif doit tenir compte de toutes ces ressources. Nous y serons attentifs. Le meilleur moyen serait de s'entendre avant toute chose sur les indicateurs qui vont permettre d'évaluer l'optimisation de toutes ces richesses. Un exemple qu'il nous arrive souvent de relever lors des Commissions permanentes : quelle emprise allons-nous continuer à permettre aux nouvelles dessertes forestières au regard des résultats attendus ? Pour la bonne gestion de l'argent publique, est-il pertinent de financer l'accès à 30 ha de bois privé ? Est-ce que ces nouvelles infrastructures respectent la qualité du patrimoine naturel ? Autrement dit, il nous faut mettre en place des critères forts au vue de l'utilisation de l'argent publique et de l'amélioration de notre patrimoine forestier.

Gérer durablement le capital « forêt », cela veut dire également que notre résolution d'inscrire la Lorraine comme terre sans OGM s'applique aussi aux essences forestières. Cela parait aller de soi, mais il est bon de le rappeler et nous serons intraitables à ce sujet.

Considérer la ressource forestière comme une richesse aux multiples facettes, cela veut dire également que nous ne pouvons pas considérer la compétitivité des entreprises de la filière bois (fiche 12-1) uniquement en termes de prix compétitif sur le marché. Il faut être assez inventif pour valoriser autrement nos produits et nous avons assez de savoir-faire en Lorraine pour aller plutôt vers des marchés de qualité avec une réelle valeur ajoutée qu'un marché de quantité qui fonctionne aux prix les plus bas, nous y veillerons.

- Deuxième point : J'ai noté, chers collègues, que Le Pacte Lorraine envisage de structurer la filière bois pour en faire une filière d'excellence et d'avenir. Pour ce faire il est fait mention de la création de 2 nouvelles structures bâties : la création – je cite - de la maison de la forêt et du bois (fiche 12-1) et la mise en place – je cite - d'une plate-forme de transfert technologique dotée de nouveaux matériels, de mise à disposition de surface bâtie – je cite toujours - , de personnel et de matériels scientifiques. Encore une fois, nous avons le choix : allons-nous construire ? utiliser de nouvelles surfaces au sol et augmenter les volumes du bâti pour cette maison et cette plate-forme ? Autrement dit, allons-nous faire du béton pour le bois ? ou bien saurons-nous recycler des locaux laissés vacants par notre institution ou l'université ou tout autre bailleur pour implanter ces lieux d'excellence et d'avenir ?

Vous voyez, chers collègues, à chaque décision, un projet peut basculer par des petits riens ou des grands quelque chose, dans les vieilles lunes sans lendemain d'un passé productiviste et générateur de déchets et de gaspillage ou tout au contraire, s'inscrire dans la transition énergétique et écologique dont notre région et notre planète ont besoin.

- Troisième point : nous nous félicitons de la mise en place d'outils d'évaluation du patrimoine forestier lorrain, cela nous permettra de connaître la réalité des gisements ainsi que l'état de concurrence entre les différents usages. En ce qui concerne le bois énergie par exemple, il est urgent que la Cellule biomasse devienne opérationnelle afin de faire rentrer notre région dans une transition énergétique concrète.

Je viens de parler longuement de la forêt et de la filière bois, je voudrais, à présent, évoquer, ce qui concerne l'agriculture et l'industrie agro-alimentaire dans ce Pacte Lorraine. Je voudrais attirer votre attention sur 7 zooms grâce auxquels je voudrais introduire l'idée que le fil rouge de nos interventions en matière agricole se résume à un mot : qualité !

- Premier zoom : 26500 actifs soit 1 agriculteur pour 40 hectares alors que la Drôme compte 1 actif pour 11 hectares ... l'agriculture lorraine représente un gisement d'emplois extraordinaire à condition de passer de la quantité à la qualité et de passer à l'amélioration des circuits locaux ... ce qui est prévu dans le Pacte Lorraine. Il serait bon d'inclure dans les circuits courts l'approvisionnement de nos lycées.

- Deuxième zoom : la recherche où je constate une volonté de rassemblement entre agriculture et industrie agro-alimentaire. Pourquoi ne pas constituer un tour de table complet de qualité en intégrant l'Inra et Agroparistech qui traite de la forêt et de l'agriculture ???

- Troisième zoom : l'export, l'agriculture lorraine est déjà hypermondialisée et j'apprécierais que les aides à l'export s'orientent principalement vers les produits transformés ou non mais à haute valeur ajoutée

- Quatrième zoom : le développement des vergers : n'oublions pas de répondre aux besoins du marché local afin de rendre accessibles aux Lorrains et aux Lorraines des fruits frais issus de leur région ainsi que des produits transformés sur place. Là aussi, on sait que la production fruitière en vue de la vente de proximité est gage de qualité et boostera l'industrie.

- Cinquième zoom : l'élevage, il est clair que les élevages porcins et avicoles sont très performants en terme de surface occupée à condition que cet avantage ne soit pas annulé par une atteinte à la qualité de l'eau, il ne faudrait pas que les rives de la Moselle soient envahies par les algues vertes ! Mais il est évident que ces élevages doivent prendre une partie de la place de l'élevage bovin en renforçant ainsi une spécificité lorraine qu'est la polyculture-élevage gage d'une plus grande diversité.

- Sixième zoom : cette diversification végétale et animale se traduira aussi par de l'apport local de matière première pour une industrie agro-alimentaire lorraine qui donnera ses lettres de noblesse au label « la Lorraine, notre signature » qui, pour l'instant, veut surtout dire « transformé en Lorraine » avec des produits qui ne sont pas nécessairement originaires de notre région.

- Septième zoom : Nous nous félicitons du renforcement de l'accueil des élèves de la filière qui va leur permettre de suivre un enseignement de qualité à condition que celui-ci intègre l'enseignement de l'agro-écologie, comme le souhaite le ministre. Mettons-y les moyens aussi!

En conclusion,

Président, je compte donc sur toi pour poser des actes concrets avec discernement, en toute intransigeance vis-à-vis de facilités, d'habitudes ou de lobbyings qui seraient contraires aux impératifs que nous nous sommes fixés en matière de transition énergétique, de protection de la biodiversité et d'écologie de manière générale. Je pense que tu me reçois 5 sur 5 !

Je vous remercie.